Frontière Laos/Cambodge

08/04

Il n’y aura pas beaucoup de photos pour cet article mais c’était quand même épique !

Ce matin nous quittons les 4000 Îles et le Laos pour aller découvrir le Cambodge. Grande aventure en perspective : les temples d’Angkor, la passionnante ville de Phnom Penh, les magnifiques îles du Sud. Mais avant ça, le passage de la frontière. Cette frontière terrestre Laos/Cambodge est tristement célèbre pour la corruption des douaniers et agents en tout genre. Nous avons lu beaucoup de choses différentes sur les blogs d’autres voyageurs aguerris (que nous remercions car grâce à eux nous avons pu nous préparer et réagir de façon appropriée) qui racontent leur expérience à cette frontière. Il leur a été demandé de rajouter de l’argent en plus des frais habituels aux différents guichets de la frontière. Mais des expériences que l’on a lu, ils ont tous réussi à ne pas payer. Il s’agit de 2$ par ci, 5$ par là aux différents guichets ce qui n’est pas grand chose mais quand on sait comment ça se passe dans ce pays gouverné uniquement par la corruption et où cet argent finit, nous sommes bien décidés à ne pas se laisser faire ! On en a discuté et on est prêts à y passer la journée s’il le faut. Nous voulons nous aussi la récompense de ne pas participer à ce système corrompu.

C’est donc remontés à bloc que l’on part le matin prendre un bus pour la frontière à une demi-heure d’ici. Avant de le prendre on cherche désespérément des copains vaillants pour s’allier à nous car nous avons lu que plus on était nombreux plus il était facile de résister (on gêne le passage, on parle plus fort, on informe plus de gens autour de nous de ce qui se passe, bref l’union fait la force !). Malheureusement, les premiers que l’on rencontre, un couple d’allemands, nous informent ravis qu’ils ont déjà payé pour leur visa en donnant un extra de 10$ chacun à leur chauffeur de bus. Ils disent qu’ils savent bien que le chauffeur le met dans sa poche mais « comme ça c’est plus simple ». Ils ne sont pas renseignés et ne réalisent pas que toutes les compagnies de bus qui traversent cette frontière sont justement en affaire avec la douane et qu’ils se partagent le backshish entre eux.

Tant pis, on se débrouillera sans eux. Nous, justement, nous n’avons pas pris de bus pour traverser la frontière, nous nous rendons par nos propres moyens devant la frontière et, une fois passée, nous prendrons un bus au Cambodge supposé nous attendre mais que nous n’avons pas encore payé donc même s’il part nous ne perdons rien. Nous n’avons même pas réservé de chambre pour la nuit ne sachant pas comment ça va finir. Nous savons que quand les touristes prennent un ticket de bus combiné pour traverser la frontière Laos/Cambodge, les douaniers font pression sur eux en disant que s’ils ne paient pas le « supplément », leur bus ne les attendra pas. Pire même, quand ça ne marche pas, le chauffeur de bus lui-même menace ses passagers de partir s’ils ne paient pas très vite. Nous voulons éviter ce stress donc nous allons pouvoir leur expliquer que nous n’avons aucun impératif, pas de bus payé, pas d’hôtel, nous attendrons autant qu’il faudra pour qu’ils nous laissent passer. La technique : à l’usure !!

Toujours en attendant le bus, un de ces douaniers est déjà là pour proposer aux gens de s’occuper pour eux de leur visa moyennant 10$ de plus … c’est scandaleux et il le fait à la vue de tous et le pire c’est que tous les étrangers paient ! Certains quand même demandent autour d’eux pourquoi c’est plus cher mais finissent par payer. Nous sommes dépités. Nous voyons un autre couple qui ne participe pas et reste en retrait. Nous allons leur parler pour tâter le terrain et, ô joie, ce couple d’allemands fait comme nous et prend le même bus après la frontière jusqu’à Siem Reap mais sans avoir payé à l’avance. Ils semblent être au courant de la corruption et sont décidés à réagir. Super contents nous montons dans un petit bus dans lequel nous retrouvons 6 autres personnes qui ont pris la même initiative que nous. Finalement, ils nous ont affrétés un mini van exprès pour les rebelles, ceux ayant payé les 10$ d’extra prennent un autre bus. Après 20 minutes de route on arrive au poste de frontière, que la partie commence !

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Le champ de bataille

On se met dans la file du premier guichet pour le tampon de sortie du pays (complètement gratuit), nos petits copains derrière nous. Clémence y va en premier et tend son passeport pour le tampon. On lui répond « 2 dollars » ce à quoi elle répond « no », on lui rend son passeport et on lui demande de sortir de la file. C’est donc bien parti. Très vite, nos alliés et notamment les deux allemands, nous lâchent en cours de route disant « mais s’ils le disent c’est bien que ça doit être payant non? » NON le timbre de sortie du pays n’est pas payant, seul un visa pour ENTRER dans un pays est payant. Bref, nous voyons notre petit groupe se rétrécir, les uns après les autres ils paient pour aller à l’autre guichet nous laissant tous les deux. Merci les gars ! Les autres touristes qui se mettent à payer après 5 minutes d’hésitation devant le douanier ça ne nous aide pas beaucoup pour la crédibilité mais ce n’est pas grave. On ne lâche rien. On sait aussi qu’on se trouve dans une zone internationale entre deux pays et qu’ils ne peuvent pas nous laisser là donc ils devront se décider à nous laisser entrer ou sortir avant la nuit. Un autre bus arrive et 3 français descendent en disant qu’ils ne paieront pas non plus. Bien! Nous sommes de nouveau un petit groupe, on rebriefe les troupes et nous voilà repartis. On se relais chacun notre tour :  « Please, can I have the stamp » – « it is 2 dollars » – « no I know it is free » – « so leave! »…. parfois ils nous ferment la fenêtre au nez, puis ils la rouvre, ils nous parlent de plus en plus agressivement, nous disent de dégager d’ici, il y en a même un qui fait un faux tampon à Clémence et qui lui dit de partir … On essaie de leur faire des blagues, Diego apprend à dire « je veux mon tampon » en laotien et leur répète encore et encore mais visiblement ça ne les fait pas rire. (À ce rythme il sera bilingue avant ce soir.) On attend, on attend, on alterne toutes les 10 minutes les demandes mais rien ni fait ce n’est qu’ enchaînement de « donne moi mon tampon » – « donne moi 2 $ » – « donne moi mon tampon – « donne moi 2$ ».

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On leur tient chaud pour pas qu’ils nous oublient

Clémence tente de mettre de la musique avec la mini enceinte pour les agacer et qu’ils nous envoient au deuxième point de passage mais ça ne change rien. On discute les uns avec les autres, nous sommes maintenant 9. Diego commence la technique des photos (ils détestent qu’on les prenne en photo de peur qu’on s’en serve ensuite car ils sont bien conscients que ce qu’ils font est illégal) mais visiblement ils l’ignore les premières fois et le laissent faire. Clémence tente sa chance aussi avec les photos, se positionne bien devant la vitre avec l’appareil pile en face de leur tronche, attend qu’ils la regardent et paf ! Cette fois ça marche, ça les agacent et ils déclenchent les tampons pour tout le monde. Mais évidement ils nous gardent tous les deux plus longtemps que les autres, nous sommes les fauteurs de trouble et nous le savons bien ! Ils exigent qu’on efface les photos devant eux. Ce que l’on fait en échange du tampon et d’une petite morale de leur part (si c’est pas se foutre du monde ça!). Premier point passé après 1h45, Yes ! On rejoint nos compatriotes un quart d’heure après qui nous attendent à la deuxième étape : nous devons maintenant avoir le visa d’entrée qui, nous le savons bien, est à 30$ pour tout le monde. Et là c’est rebelote avec les autres vilains douaniers, on tend notre passeport avec exactement 30$ dedans « Can I have my visa please?  » – « No » – « Why ? » – « money 35$ » – « no it is only 30$ « . Et c’est reparti. On essaie en étant gentils, on essaie de faire des blagues, Clémence se fait engueuler un bon coup en essayant de leur refiler les 30$, bref c’est joyeux. Ils finissent par sortir du bureau, claquer la porte et partir. Visiblement en pause dej. Hé oui, c’est qu’il est déjà midi et demi faudrait pas se laisser mourir de faim ! Nous on se réinstalle et on papote, on a tout notre temps ! Bon en fait pas tant que ça parce qu’on a 7 heures de bus derrière pour aller jusqu’à Siem Reap et on n’est même pas sûrs que le bus nous attende toujours. Mais ça on le garde pour nous en répétant qu’on n’a aucune réservation et qu’on n’est pas pressés. 1 heure plus tard ils reviennent mais nous ignorent toujours. On recommence « On peut avoir notre visa? » – « donne moi 35$ » – « non c’est 30$ »… mais là ils nous sortent un nouveau truc : c’est 5$ de plus parce que le petit papier qu’on doit remplir en plus coûte 5$. On nous avait remis un formulaire en arrivant mais il y a une petite carte en plus à remplir qu’on ne nous a pas donnée et le douanier nous dit que ça vaut 5$. Alors on lui répond que ça fait quand même cher le petit morceau de papier et pendant ce temps, un de nos copains va plus loin dans un couloir jusqu’à une autre table où il trouve une grosse pile de ces petites cartes, en libre service bien sûr. De sacrés menteurs. Il nous en ramène à tous et les montre aux douaniers pas supers ravis. On redemande en disant que maintenant qu’on a eu cette petite carte « gratuite », on peut payer notre visa à 30$, mais rien à faire, ils ne nous répondent plus. Ça commence à faire long … bientôt 3 heures qu’on est là. On décide de tester une dernière astuce : les cartes à jouer ! On le gardait pour la fin et la çà commence à faire long. Les jeux de cartes sont interdits au Cambodge car ils sont associés aux jeux d’argent et nous avions lu que ça pouvait les énerver et accélérer les choses. On demande à un troisième de notre groupe de s’installer avec nous pour jouer et ça ne loupe pas, ils nous regardent d’un sale œil et 5 minutes plus tard on nous appelle par la petite fenêtre « hooooooo passeports ». Ça y est ! On se lève tous, on leur donne tous nos passeports et ils collent tous les visas les uns à la suite des autres, miracle !! Visa d’ailleurs où il est bien écrit dessus « 30 dollars ». Plus que le dernier tampon au troisième guichet mais celui-là se fera sans problème. Ouf ! On nous jette littéralement nos passeports au visage mais tant pis, nous avons de grands sourires ! Ça fait 3 heures qu’on est là et on est super contents d’avoir réussi !

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La petite troupe !

Bien sûr 5$ ou 2$ ce n’est rien mais quand on sait que ce pays ne fonctionne que comme ça, que ces douaniers se mettent 100$ dans la poche PAR JOUR en plus de leur salaire alors que le salaire moyen est de 70$ PAR MOIS pour le reste de la population, c’est non. On aura au moins eu le mérite de leur pourrir un peu leur journée et surtout de montrer aux autres que SI ! C’EST POSSIBLE ! Tous les autres touristes qui nous ont lâchés en disant « ça ne marche pas, il faut payer » et bien c’est faux. Il faut persister et patienter et surtout ne jamais s’énerver. Pour tout dire, Clémence a vu rouge une fois ou deux mais n’a pas craquée (notamment grâce au calme de Diego et aux blagues aussi, même les nulles). Bref, nous sommes très contents et nous partons tous les 9 voir si un bus a attendu. Non ! Il est parti mais comme ils doivent avoir l’habitude des résistants comme nous, un chauffeur nous attend avec un minivan 10 places juste pour nous ! La classe ! Nous partons donc direction Siem Reap dans notre minibus de rebelles victorieux très heureux. Cette journée est l’une des plus productives de notre voyage et nous sommes très fiers !

On recroisera par la suite plusieurs des touristes qui nous avaient très vite lâchés au moment du premier guichet et nous nous faisons une joie de leur raconter nos péripéties , pour qu’ils sachent que c’est faisable et qu’ils comprennent que ce n’est pas parce que « on nous dit que » que c’est la bonne chose à faire.

2 réflexions sur “Frontière Laos/Cambodge

  1. Coucou les amis. Bravo pour votre patience et prouesse à la frontière! Je demanderai à Michou comment cela s’était passé pour lui et son groupe de motards avec guide…Bonne continuation maintenant! Vous êtes les meilleurs! 1000 bisous de Chris et Armelle.

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